Division face aux sectes, la laïcité face à la tentation totalitaire

Division face aux sectes, la laïcité face à la tentation totalitaire: redoublons de prière pour nos dirigeants !
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La Scientologie utilise des vedettes américaines pour contrer la loi française

NDLR: Enfin un haut fonctionnaire, Didier Leschi, qui ne cède pas au fanatisme laïcard. Redoublons de prière pour nos autorités ainsi que le recommande la Bible.

Division face aux sectes
Les récents rapports de la Commission parlementaires sur les sectes et de la Miviludes ont remis sur le devant de la scène les moyens de lutter contre les dérives sectaires. Le consensus est loin d’être réuni sur cette question.

La neutralité, l’impartialité et la laïcité sont violées. Gare à la tentation totalitaire ! Ceux qui croient à la liberté de conscience, de conviction et d’expression doivent se mobiliser pour la dissolution de la Miviludes ! » Épinglés dans le rapport de la Mission inter- ministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) rendu public le 24 janvier, les responsables de l’association Tradition-famille-propriété (TFP) s’étouffent de rage dans leur dernier communiqué. Le ton n’a rien d’exceptionnel pour ce groupe d’extrême droite se revendiquant catholique, et dont la principale activité semble être de collecter des dons à partir de campagnes postales dénonçant selon les époques la menace socialo-communiste ou le mariage homosexuel, sans qu’on sache très bien à quoi est affecté l’argent récolté. La dénonciation outrée de la Miviludes est elle aussi habituelle. Chaque rapport de cet organisme ou des commissions d’enquête parlementaire sur les dérives sectaires suscite des réactions des groupements étudiés. Apparaître dans un de ces rapports est en effet une mauvaise publicité. Le mot « secte », même s’il est désormais peu utilisé officiellement, fonctionne comme une marque d’infamie dont on se débarrasse difficilement. Gageons que les dons faits à TFP risquent de baisser sensiblement l’année prochaine…

Vigilance ou stigmatisation ?
Entre la vigilance et la stigmatisation, le chemin est parfois étroit. En attirant l’attention des pouvoirs publics et de la population sur certaines pratiques dangereuses, les médias, les associations de victimes de sectes, les organismes publics ou les commissions d’enquête parlementaires sont dans leur rôle. C’est bien sur la nécessaire prise en compte des victimes qu’insiste Catherine Picard, présidente de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi) : « Les faits sont là : il y a des victimes. Nous avons transmis 120 cas précis à la dernière commission d’enquête parlementaire. » Les cas d’exploitation et de mise en sujétion d’individus affaiblis les conduisant par exemple à la ruine, voire parfois à la mort, sont attestés et évidemment insupportables. La récente mise en examen de trois personnes pour homicide involontaire à la suite du décès en juillet 2006 d’un jeune toxicomane censé être sevré grâce à la consommation d’iboga, une plante hallucinogène, nous le rappelle. L’existence même de l’ordre républicain, démocratique et laïc tel qu’on l’entend en France implique effectivement une certaine vigilance… mais aussi un minimum de prudence. C’est ainsi que la Miviludes, créée en 2002, se penche officiellement désormais sur les « dérives sectaires » et non plus sur les « sectes », comme le faisait l’organisme auquel elle a succédé, la Mils (Mission interministérielle de lutte contre les sectes). Le terme « secte », trop englobant et imprécis, s’est en effet avéré peu opérant. Par ailleurs, le contexte international particulièrement tendu en matière religieuse, le nouvel intérêt pour les questions du sens de l’existence, du bien-être physique et psychologique, la recomposition du paysage religieux, la baisse d’influence des grandes institutions comme l’Église catholique, tout cela demande à être pris en compte. Les questions traitées sont parfois complexes. Le risque d’amalgame existe.

La Commission d’enquête parlementaire sur la maltraitance des mineurs en contexte sectaire, dans son souci de donner un ordre d’idée des dimensions du problème, a ainsi dernièrement contribué à diffuser le chiffre de 60 000 à 80 000 enfants menacés. Parmi ces enfants, 45 000 vivent dans des familles Témoins de Jéhovah. Les cas de maltraitance d’enfants de Témoins de Jéhovah attestés par les tribunaux sont quasi inexistants. Par ailleurs, personne n’aurait idée, en tout cas officiellement, de chercher à lier une éventuelle maltraitance psychologique d’un enfant élevé dans une famille catholique à l’influence de l’Église romaine, ou celle d’un enfant d’une famille athée à une éducation sans Dieu. La fameuse question du refus des transfusions sanguines, souvent mise en avant lorsqu’il s’agit d’accréditer la thèse du danger objectif des croyances des Témoins de Jéhovah, ne pose ici pas vraiment de problème puis-que la loi autorise les médecins à passer outre en cas de danger. Les médias, avides de chiffres, se sont pourtant précipités pour diffuser cette « information » des 45 000 enfants Témoins de Jéhovah en danger. On peut comprendre que les croyances apocalyptiques et le fondamentalisme professés par les Témoins de Jéhovah inquiètent. Pour autant, tant que ces croyances ne se traduisent pas par des actes contraires à la loi, il n’y a peut-être pas lieu de crier au loup. Dans une interview au Monde du 26 octobre 2006, Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, s’est ainsi permis ce commentaire : « On peut être en désaccord profond avec les Témoins de Jéhovah, comme c’est mon cas, sans pour autant les diaboliser. »

Exemples datés Autre exemple, concernant cette fois la Miviludes, qui, dans son dernier rapport, étudie particulièrement certaines dérives se produisant dans le milieu des thérapies alternatives. L’Analyse transactionnelle, une technique psychothérapeutique assez répandue, quoique parfois critiquée – mais quelle technique de psychothérapie ne l’est pas ? – se voit ainsi consacrer une vingtaine de pages. On s’aperçoit vite que le problème visé ne concerne pas vraiment l’Analyse transactionnelle en tant que telle, mais plutôt, d’une part, une sous-technique, le « reparentage », qui est loin d’être pratiquée par tous les analystes transactionnels, et, d’autre part, certains aspects du système de formation des analystes. Quelques exemples extrêmes de ratages de cette thérapie sont présentés. Mais ceux-ci datent d’une trentaine d’années et ont eu lieu aux États-Unis. Aucun exemple précis et récent n’est donné en ce qui concerne la France. L’efficacité de la dénonciation d’éventuelles dérives s’en trouve singulièrement amoindrie. On ne retiendra probablement de cette étude que la vague idée d’un risque sectaire lié à l’Analyse transactionnelle en général. Bref : on reste sur sa faim.

Mais a-t-on vraiment toujours besoin de preuves et de faits lorsqu’on s’intéresse aux dérives sectaires ? La question ne concerne évidemment pas l’action des organismes officiels soumis par définition aux limites que fixe le droit à leur action, mais bien plutôt aux médias et à l’opinion publique en général. Le 17 décembre, le journal de 20h de TF1 diffusait un petit reportage sur les « sectes » en banlieue truffé d’erreurs et d’amalgames. On y apprenait – alors que cette distinction n’a pas de sens en droit français – que les religions « reconnues» avaient le droit de diffuser publiquement leur message, à la différence d’autres, « non reconnues », tels les Témoins de Jéhovah. Les protestants évangéliques (bizarrement appelés dans le reportage « évangélistes ») y étaient allègrement assimilés à des « sectes », sans autre précision. Qu’un tel reportage soit diffusé sur la chaîne la plus regardée de France en dit long sur l’incapacité de médias disposant de moyens considérables à appréhender la complexité du fait religieux. Mais aussi sur l’utilisation systématique et facile d’une grille de lecture en termes de sectes, simplificatrice à outrance. Le traitement médiatique de la visite surprise de la commission d’enquête parlementaire en novembre 2006 chez les adeptes des Douze Tribus de Tabitha’s Place, à Sus, dans les Pyrénées-Atlantiques, a aussi de quoi laisser songeur. L’exemple choisi par un des parlementaires-inspecteurs pour illustrer l’isolement culturel des enfants et repris en boucle dans les journaux en dit autant sur cette communauté fondamentaliste que sur la société qui prétend la juger : certains enfants de Tabitha’s Place ne connaissaient pas Zidane. Une faute impardonnable qui aura fait oublier d’autres détails plus ennuyeux comme le refus de la vaccination ou l’oubli de déclaration de naissances. La manière dont est conduit le combat contre les dérives sectaires fait l’objet de nombreuses critiques, d’ordres différents. Premiers à réagir : les groupements les plus visés par les organismes antisectes.

Contestations C’est essentiellement le cas de l’Église de Scientologie qui, à travers divers faux-nez associatifs, adopte une attitude procédurière, exploite la plupart des recours prévus par la loi et profite « du projecteur braqué sur certaines affaires pour se poser en victime et s’en faire un tremplin médiatique », ainsi que l’explique le dernier rapport de la Miviludes. Deuxième type de critiques : celles d’organismes officiels étrangers ou internationaux, tels le Département d’État états-unien ou l’Onu. à l’issue de sa mission en France en 2005, le rapporteur spécial de l’Onu sur la liberté de religion, Asma Jahangir, s’inquiétait ainsi de la condamnation publique de certains groupes religieux (essentiellement scientologues et Témoins de Jéhovah) ainsi que de la stigmatisation de leurs membres s’apparentant selon elle à de la discrimination. Troisième type de critiques : celles de chercheurs en sciences sociales spécialistes des religions, qui ne remettent pas en cause le principe de la lutte contre les dérives sectaires, mais les jugements de valeur, la méconnaissance de l’arrière-plan historique et des fondements doctrinaux de certains courants religieux… L’ethnologue Nathalie Luca a ainsi démissionné du conseil d’orientation de la Miviludes fin 2005, considérant que les conditions d’un travail de qualité n’étaient pas réunies. Pressenti pour lui succéder, l’historien Sébastien Fath a décliné la proposition en 2006, expliquant qu’il ne voulait pas, en étant le seul chercheur en sciences sociales de la Miviludes, que celles-ci soient considérées « au mieux comme la cinquième roue du carrosse ». D’autres chercheurs, comme Jean Baubérot ou Jean-Paul Willaime, tous deux directeurs d’étude à l’École pratique des hautes études, n’ont pas hésité à critiquer vertement le dernier rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’influence des sectes sur les enfants. Du côté de la Miviludes, de la commission parlementaire ou de l’Unadfi, on est conscient de ces critiques. Mais le sujet est passionnel. Les réponses aux critiques portent souvent moins sur le fond que sur les motivations plus ou moins avouables qui seraient à leur origine. La cause défendue par les organismes de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, le soutien apporté aux victimes demeurent essentiels. Mais il est tout aussi essentiel de continuer à affiner les méthodes. Dur métier.

Jérôme Anciberro

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