Le VIH/SIDA gagne encore du terrain, selon des ONG

Le VIH/SIDA gagne encore du terrain, selon des ONG
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 5 juin (IPS) – Plusieurs rencontres tenues sur le VIH/SIDA à Dakar par des organisations non gouvernementales (ONG), la semaine dernière, ont fait état de près de 10.000 nouveaux cas d’infection, tant chez les adultes que chez les enfants en 2007 au Sénégal. Cette progression inquiète les uns et les autres.

En 2007, quelque 4.750 nouvelles infections chez les adultes et 5.150 chez les enfants ont été enregistrés, selon le Conseil national de lutte contre le SIDA (CNLS). Ensuite, le Sénégal compte plus de 17.810 orphelins de SIDA; et neuf personnes sur 10 ignorent leur statut sérologique dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

Les nouveaux chiffres ont été rendus publics par les ONG en présence des centrales syndicales des entreprises, du CNLS, de la ministre de la Santé, Safiatou Thiam, et des partenaires étrangères du Sénégal.

Pour l’opinion publique, la pandémie prend de l’ampleur à cause de la dégradation des mœurs et d’une mauvaise politique sanitaire du gouvernement.

Selon le professeur Ndeye Coumba Touré Kane, chercheuse sur le SIDA à l’hôpital Le Dantec de Dakar, la capitale sénégalaise, les personnes vivant avec le SIDA, qui sont suivies depuis 2003, commencent à développer une résistance aux anti-rétroviraux (ARV) dont l’utilisation remonte à 1998. Les ARV sont les médicaments qui prolongent la vie des malades du SIDA.

Une étude menée entre 2003 et 2008 sur deux groupes de 56 et 48 malades mis sous ARV depuis cinq ans, a montré que 12 pour cent des malades ont développé une résistance aux traitements, explique-t-elle.

La ministre sénégalaise de la Santé et de la Prévention, reconnaît que le VIH continue de défier la réponse internationale, et interpelle les gouvernements des pays les plus riches (le G8), pour le financement des programmes liés à la lutte contre le SIDA.

Thiam a rencontré les syndicats des entreprises qui ont pris à bras le corps le problème de la propagation du SIDA au Sénégal. Les entreprises ont signé, en présence du ministre, une déclaration d’engagement du secteur privé pour la lutte contre la maladie. Elle vise à mettre en œuvre un plan d’action dans les entreprises, en informant les employés sur la maladie, en particulier les personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Plusieurs organisations d’entreprises comme la Confédération nationale des entreprises de Sénégal, le Conseil national de patronat, et le Mouvement des entreprises du Sénégal ont signé également un contrat, avec l’appui de la Coopération technique allemande et du Bureau international du travail.

Selon Dr Cheikhou Sakho, chargé de programme de la Banque mondiale au CNLS, à Dakar, le contrat permettra aux entreprises publiques et privées de mener des actions efficaces dans la lutte contre le SIDA en milieu professionnel. Au total “150 millions de francs CFA (environ 361.445 dollars) sont disponibles pour les entreprises qui voudront mener des actions contre le SIDA en milieu de travail durant l’année 2008”, annonce-t-il.

L’opinion nationale est partagée sur la question du SIDA au Sénégal. Maodo Ndiaye étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime que le mal vient notamment de la prostitution clandestine. Il se dit pessimiste par rapport à la réduction du taux de contamination au Sénégal. “La prostitution clandestine demeure le vecteur de transmission du SIDA au Sénégal. Même à l’université, il y a ça, je ne pense pas qu’on puisse faire quelque chose pour réduire le taux du SIDA, sauf peut-être Dieu”, dit-il à IPS.

Le bulletin épidémiologique publié par ministère de la Santé indique que la prévalence globale du VIH/SIDA est de 0,9 pour cent au Sénégal, de 2 pour cent chez les femmes enceintes, mais elle varie de 11 à 30 pour cent chez les travailleuses de sexe, et elle est de 21,5 pour cent chez les homosexuels.

Fatou Niang, enseignante à l’école de Point E, un quartier de Dakar, fustige également la prostitution clandestine et pense que les gens ne sont pas mieux informés sur la maladie parce que le sexe est tabou dans la société sénégalaise. “Les valeurs sociales n’existent plus au Sénégal, donc il faut une prise en charge très tôt des jeunes dans ce sens-là et faire passer l’information du côté des parents. Il faut que les parents parlent de ça avec leurs enfants, c’est salutaire”, souligne-t-elle à IPS.

“La polygamie est ce qui facilite la propension du SIDA, mais aussi les étrangers qui viennent ici au Sénégal sont presque tous porteurs du virus du VIH, surtout les touristes blancs”, affirme Ange Traoré, une habitante de Grand Dakar, une banlieue de la capitale.

Elle trouve également que les organisations de lutte contre le SIDA au Sénégal ne font pas leur travail. “Ces organisations… ne font rien. Le personnel est dans les bureaux, ils reçoivent les financements des partenaires et dilapident l’argent, c’est tout”, déplore-t-elle à IPS.

Alioune Diarra, un maître coranique basé à Grand Dakar, estime que c’est la pauvreté qui amène beaucoup de filles à se prostituer sans se protéger. Il insiste sur la sensibilisation et les débats avec les jeunes sur la maladie, notamment dans les banlieues afin de les conscientiser davantage.

Un étudiant en fin de cycle à la Faculté de médecine à Dakar, qui a requis l’anonymat, se dit étonné qu’au Sénégal les gens aient peur de venir se procurer les anti-rétroviraux. “Je ne sais pas si c’est une honte pour eux”, dit-il à IPS.

Agée de 32 ans environ, une malade du SIDA habitant dans un quartier huppé de Dakar et qui se fait nommer Awa, a indiqué à IPS qu’elle a su sa séropositivité depuis 2000. “C’était difficile pour moi; tu sais dans notre société ici, quand on sait que tu as le SIDA, c’est fini pour toi, tout le monde te fuit, j’ai supporté ça pendant trois ans avant de dire cela à ma mère, mais elle m’a soutenue”, témoigne-t-elle, un peu dépitée.

Toutefois, Awa affirme aujourd’hui n’avoir plus peur de rien, sauf qu’elle a parfois des difficultés pour se procurer les ARV, soit parce que le stock national est épuisé ou qu’elle n’a pas d’argent, dit-elle. Elle ajoute que si elle a pu surmonter jusqu’ici le mal qui la ronge, c’est grâce aussi à une communauté religieuse appelée Témoins de Jéhovah qui la soutient chaque jour.

http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=4096

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