Roumanie : des manuels d’éducation religieuse orthodoxe à faire peur

Roumanie : des manuels d’éducation religieuse orthodoxe à faire peur

Utilisés par une grande majorité des enfants roumains depuis le primaire jusqu’à l’âge de 16 ans au moins, les livres d’enseignement religieux orthodoxe, quasi-obligatoire dans toutes les écoles, cherchent avant tout à inspirer la crainte et dénigrent chacune des 14 autres religions reconnues par l’Etat. Enquête sur ces étonnants manuels d’éducation religieuse, pourtant agréés par le ministère de l’Education nationale de Roumanie.

Par Henri Gillet, d’après Jurnalul National

« Si tu n’es pas sage, que tu ne suis pas la volonté de Dieu, que tu n’écoutes pas tes parents, tu seras puni ». Voilà la tonalité générale des livres d’éducation religieuse que l’Église orthodoxe, par ses pressions, a rendu quasi-obligatoires [1]. Ces manuels sont utilisés non seulement dans le primaire et au début du secondaire mais aussi au lycée, « au moins jusqu’à l’âge de seize ans, où les enfants peuvent décider par eux-mêmes », ainsi que le relève une étude de la Ligue Pro-Europa, association de la société civile qui s’indigne d’autant plus que ces ouvrages, destinés à l’enseignement public, ont été estampillés par le ministère de l’Éducation nationale.

« Si tu n’es pas sage, une voiture t’écrasera ! »

Et ces livres d’énumérer toutes les menaces qui pèsent sur les « mauvais sujets » qui ne se plieraient pas à la volonté divine : « Tu tomberas dans l’escalier, on t’amènera à l’hôpital avec une fièvre de cheval, tu passeras tes vacances au lit » ou bien « tu seras projeté dans les plus profondes ténèbres où tu entendras les gémissements et les grincements de dents des damnés », ou encore « tu seras écrasé par une voiture » … Mais Dieu est miséricordieux : « Si tu pries avant un examen, tu réussiras, sinon tu le rateras ». Une image montre ainsi Marina, dix ans, qui a imploré Dieu de l’aider avant un concours d’échec et l’a remporté, alors que ses concurrentes qui s’en étaient dispensées ont été vaincues.

La Ligue Pro-Europa cite quelques exemples : « Ma copine Alina n’écoute pas et elle en a été punie », confesse une petite écolière. « Elle jouait tranquillement, elle est tombée, s’est cassé le poignet et elle est à l’hôpital depuis une semaine » (Manuel de religion de la classe I, 6-7 ans, des éditions Sfânta Mina de Iasi).

« Vasilica est un garnement. Il est monté sur une échelle pour dénicher un nid d’hirondelles mais Dieu l’a vu et a retiré l’échelle. Il est tombé sur la tête et a été transporté inconscient chez le médecin. En revanche, les hirondelles se sont envolées joyeuses, en remerciant Dieu » (Abécédaire du petit chrétien, éditions didactiques et pédagogiques, 2002).

Dieu présenté comme un héros de film d’horreur

Dans le Manuel de religion pour la classe 3, 9 ans, Dieu est présenté comme un héros de film d’horreur, suggérant qu’il marche la main dans la main avec les parents, lesquels pourraient en faire autant pour punir les enfants désobéissants : « Dieu a transformé en sang les eaux du Nil, a recouvert de crapauds et de moustiques la terre d’Égypte, rempli les maisons de taons, fait mourir de faim le bétail, a couvert les habitants de plaies et pustules, a provoqué des orages de grêle, envoyé des sauterelles qui ont dévoré les récoltes, fait régner les ténèbres sur la Terre et a tué les premiers-nés mâles ».

Les élèves sont ensuite invités à commenter toutes ces atrocités relevant du Tribunal pénal international et à raconter un épisode de leur vie où ils ont fait une bêtise punie par Dieu.

Les autres religions dénigrées

Les manuels ne se contentent pas d’inspirer la crainte, certains dénigrent aussi les autres religions, même celles reconnues par l’État roumain (catholique, gréco-catholique, musulmane, juive, protestante, luthérienne, baptiste, Témoins de Jéhovah, pentecôtiste, adventiste… 14 au total), plusieurs étant qualifiées de sectes, seule l’Église orthodoxe, qui voit dans ses rivales « la main du Diable », étant « dans le droit chemin ».

Les messages destinés aux adolescents sont plus « raffinés ». Par extension, le yoga est présenté « comme étant l’œuvre du Démon » : « Le yoga conduit au néant inconditionnel, à la perte de personnalité » (Manuel de religion pour la classe X, 16 ans, éditions Corint).

Mais c’est l’Église gréco-catholique, appelée aussi uniate, qui est le plus dans le collimateur. Il est vrai qu’elle réclame le retour de ses biens et églises que le régime communiste lui avait confisqués pour les attribuer le plus souvent à l’Église orthodoxe, laquelle entend bien les conserver.

« Le prosélytisme catholique, nommé uniatisme, a été une méthode contraire à la tradition de l’Église, devenant une source de conflits et de divisions jusqu’à aujourd’hui » (Manuel de religion pour la classe XI, 17 ans, éditions Corint), « introduisant un climat d’incompréhension et de méfiance réciproque » (Manuel de religion pour la classe X, 16 ans, éditions Dacia Cluj). Mais dès l’âge de 13 ans, les adolescents sont mis en garde par le Manuel de religion orthodoxe pour la classe VII de Iasi, souligne la Ligue Pro-Europa : « il leur apparaît à l’évidence que l’Église gréco-catholique a trahi l’intérêt national ».

Les catholiques en prennent aussi pour leur grade, associés à l’image de la nuit de la Saint-Barthélemy, et les protestants aux conversions des fidèles des autres religions.

http://balkans.courriers.info/article10539.html

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